le statut des permanents
A la lumière de ce que nous connaissons aujourd'hui, le budget prévisionnel que nous établissions lors de notre première déclaration d'ouverture paraît bien naïf et loin de la réalité. Nous tablions alors sur une masse salariale de 72 000 francs.

Lors de notre création, la question de notre statut social n'était pas primordiale. Nous avions chacun une activité extérieure rémunérée, par ailleurs le département nous considérait comme assistants maternels et nous rémunérait comme tels. Durant les premières années, les sommes gagnées par les permanents à l'extérieur sont intégrées au budget du lieu de vie, une grosse partie de leur salaire d'assistant maternel est également intégrée au fonctionnement de la structure. Lors de notre bilan 1991, nous écrivions ceci :
" Réaliser un bilan comptable traditionnel de notre activité n'aurait correspondu à rien dans notre type de fonctionnement. En effet nous sommes incapables de mesurer la part de gigot consommée par les jeunes accueillis et la part consommée par nous même et nous refusons de le faire."
D'août 1992 jusqu'en avril 1994, les salariés seront rémunérés par l'association comme assistants maternels. La priorité à ce moment là, est de réaliser les aménagements dont la maison que nous louons a besoin et d'équiper le lieu de vie (véhicule adapté, ordinateur, vélos …). A compter d'avril 1994 les deux permanents sont salariés au SMIC comme éducateurs. La faiblesse du niveau de rémunération est compensée par le fait que les permanents sont logés et mangent sur le lieu d'accueil.

En 1999, il est décidé par le conseil d'administration, en vue de clarifier la situation au regard du FISC concernant les avantages en nature perçus par les permanents, d'augmenter leurs salaires, en contrepartie, ils reverseront à l'association une participation.
En 2000, après information auprès des services fiscaux, il est convenu de traiter les avantages en nature sur le bulletin de paie selon les barèmes de l'administration des impôts.
Aujourd'hui, les permanents sont donc salariés, comme n'importe quel éducateur à un coût cependant largement inférieur, particulièrement au regard du nombre d'heures effectuées. Le statut social des permanents de lieu de vie est inscrit dans la loi maintenant, pour autant avons nous perdu notre ame?
salaries et puis quoi?
Les permanents de lieu de vie que nous sommes sont toujours des sujets agissants avec conviction . Nous continuons à accueillir et à vivre avec les jeunes en grande difficulté en tentant de leur rendre confiance et espoir par une attitude éducative claire.
Malgré les évolutions statutaires, il reste difficile, voir impossible de distinguer ce qui est inexorablement lié. Au delà de la question de l'argent, du salaire, il est parfois difficile de se trouver confronté au quotidien, dans la permanence, avec des jeunes cassés, décalés, rejetés.
Même si nous nous situons aujourd'hui dans un cadre légal défini nous continuons d'affirmer nos spécificités. A commencer par notre dynamique reposant sur le vivre avec. Le principe même du lieu de vie, c'est de partager sa vie, sa maison, ses amis avec celui qu'on accueille. Ce qui a l'avantage d'assurer une présence permanente, sans rotation de personnel. Ce qui implique le choix mutuel accueillant/accueilli à partir d'un travail à élaborer ensemble.
Ce quotidien de questionnement oblige à imaginer des solutions à devenir créatif et parfois (ce qui est le plus difficile) à constater son impuissance. Accueillir et vivre avec ces jeunes est si violent (parfois), si impliquant (toujours) que le statut de salarié ne peut suffire à englober la réalité du permanent de lieu de vie.
Il y a bien quelque chose de plus que du professionnel pur dans tout celà quelque chose qui s'appelle le partage et ne s'enferme pas dans un statut social.
