FETTA

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DES MOTS DE JEUNES

Je m'appelle Fetta et j'ai 20 ans. Je suis placée depuis le mois de septembre 2002. Je suis au lieu de vie " La Porte Ouverte " depuis le 12 janvier de l'année 2003.
Je vais brièvement parler des raisons de ma présence ici, de mon départ de chez moi en espérant que d'autres jeunes dans mon cas puissent lire mon témoignage, se dire qu'ils ne sont pas seuls à avoir des problèmes. Nous sommes malheureusement très nombreux mais ils ne faut pas se laisser aller à faire des conneries et à foutre son avenir en l'air !
Etant encore chez moi, je ressentais l'énorme besoin de m'évader, de fuir loin, très loin pour réfléchir. Réfléchir à tout ce qui se passait. Je ne comprenais plus grand-chose, je ne savais plus où était le vrai et où était le faux. Je ne savais pas ce que je faisais sur terre où je n'avais pas de place, où je n'avais rien à faire et où je ne servais à rien. J'étais persuadée que ma famille ne m'aimait pas et je leur en voulais tellement. En fait, avec le recul, je me rends compte que j'en voulais au monde
entier sans raisons !!

PAYSAGE DE KABYLIE

Mon arrivée en France (je suis née en Algérie) à coïncidé avec le début de ma puberté. Me voyant grandir et mon corps se transformer, mes parents ont compris que je devenais une femme et que donc, les choses allaient changer. En effet, je n'étais plus une petite fille innocente qui ne risquait pas de séduire, de sortir seule, de fumer, de boire…
Ils ont donc vite " serré les boulons " avant que le pire se produise (d'après eux). Car, à côté du fait que cette étape dans la vie d'une fille musulmane est celle qui fait le plus peur aux parents, sa présence en France n'est pas pour les rassurer : empécher une fille de vouloir vivre comme tous les autres jeunes de son âge dans ce cas est d'autant plus difficile.
Ils sont devenus très méchants avec moi, je ne comprenais pas pourquoi. Mon père me disputait à chaque fois que je sortais avec lui, il était persuadé que je draguais, que je souriais aux hommes qui passaient… et à la maison, c'était constamment :" tu veux faire la française c'est ça hein ! Tu veux devenir comme toutes ces putes qui sortent et qui mettent des pantalons… "(j'en passe et des meilleures). Alors que moi, à cet âge-là, 13 ans, je ne savais même pas ce que c'était que de séduire un homme.

J'arrivais juste d'Algérie où je vivais dans un tout petit village perdu dans les hauteurs et duquel j'ai dû sortir au maximum 3 fois (en dehors des fois où ils m'emmenaient à la polyclinique de la commune me faire arracher les dents de lait). A l'école, j'étais très bonne élève, souvent la première de ma classe ou parmi les trois premiers. Après les cours, je courrais chez moi regarder les dessins animés, ma sœur devait me frapper pour qu'enfin j'accepte de faire la vaisselle. Ensuite je sortais jouer avec mes voisines qui étaient à la fois mes camarades de classe et mes amies. Le soir après dîner, je faisais mes devoirs, apprenais mes leçons par cœur et je me rappelle que le soir, je m'endormais en récitant en boucle mes leçons et mes sourates qui devaient être apprises par cœur pour le cours d'éducation islamique qui avait lieu tous les matins de la semaine de huit à neuf heures après l'hymne national et avant les autres cours.

J'étais une petite fille TRÈS TIMIDE, je surprenais même les gens quand ils me voyaient avec ma meilleure copine qui, à l'inverse de moi, avait le contact très facile et parlait tout le temps.
Enfin, tout cela pour dire que j'ai grandi dans une ambiance qui a fait qu'à l'âge de 13 ans je n'étais pas du tout comme n'importe quelle fille de mon âge née en France : " faire la belle ", vouloir plaire aux garçons, fumer pour faire comme les autres… je ne connaissais pas et je m'en foutais un peu pour ainsi dire. J'étais de ces petites filles que rien d'autre que l'école n'intéressait.

 

C'est à cause de toute la pression que j'avais à supporter tous les jours que j'ai commencé à ne plus supporter mes parents et à m'éloigner de plus en plus du milieu familial. La situation devenait insupportable. Mon père m'étouffait : il ne voulait même pas que je regarde par la fenêtre sous prétexte que celles qui faisaient ça en plein Paris étaient des salopes, il me frappait tout le temps et pour rien, il m'engueulait à longueur de temps. Comme si il ne me faisait pas assez de mal, je ne sais pas ce qu'il avait dit à ma mère et, du coup, elle s'est mise contre moi, je les avais donc tous les deux sur le dos. Ils me disputaient sans cesse pour des " conneries " par exemple : pourquoi j'ai fait le ménage mais pas à manger alors que je ne savais pas cuisiner…


Il est arrivé un moment où je n'en pouvais plus, mes résultats scolaires chutaient ce qui me rendait malade. Du coup, je ne pensais plus qu'à une seule chose : mourir ! J'ai donc essayé d'en finir une fois pour toute mais ça n'a pas marché, après quelques jours d'hospitalisation, je suis rentrée chez moi. Ça n'a rien changé pour moi, au contraire, ça n'a fait qu'empirer les choses avec ma famille.
Quelques temps après, je fugue et reste une semaine dans un centre d'accueil d'urgence pour adolescents. Mes parents ont voulu que je rentre, mon père s'est laissé pousser la barbe et prenait mes clefs tout le temps sur lui (soit disant qu'il était malheureux que sa fille qui porte le prénom de sa mère ne soit plus à la maison) émouvant n'est-ce pas ?
J'ai accepté de rentrer à la maison avec l'espoir que cette fois ils avaient compris que j'en pouvais plus, que j'avais besoin d'eux. Evidemment les premiers jours, il a été gentil comme tout mais ça n'a duré que le temps d'un rêve.
Quelques temps après, les choses étaient devenues pires qu'avant : il ne pouvait plus me supporter.

En 2002, je suis partie de chez moi à cause de la goutte qui a fait déborder le vase. Je n'ai pas très envie de rentrer dans les détails, je peux juste dire que j'avais le choix entre me laisser tuer sans rien dire, devenir folle, sortir dans la rue ou alors m'enfuir et partir loin de ma famille. J'ai choisi de partir pour m'en sortir et mener une vie à peu près normale. Je suis partie car j'ai choisi de vivre autre chose que la violence d'un père psychopathe qui a détruit mon enfance, mon adolescence et ma famille.
Les séquelles de tout ce qu'il a fait sont gravées dans ma tête, dans mon âme. Elles me poursuivent et me poursuivront durant ma vie entière.

A présent, je suis en terminale baccalauréat professionnel secrétariat et j'essaie de suivre le rythme tant bien que mal. Mes difficultés sont le fruit d'une quatrième générale en l'air (j'allais en cours sans y être, mes notes variaient entre 0 et 10/20), je faisais des crises de tétanie quasiment tous les jours. Les crises étaient trop violentes et moi je paniquais de plus belle ne comprenant pas ce qui m'arrivait. Le collège était obligé d'appeler mes parents quand je faisais une crise, je rentrais donc chez moi et il me fallait deux ou trois jours pour récupérer des forces et repartir à l'école. Quelques jours après, rebelote, le cercle infernal recommençait. Tout cela a fait que j'étais très peu en cours. Quand j'y étais, je ne savais même pas ce qui se passait en classe. Vers la fin de l'année, je ne pouvais plus y aller : j'arrivais le matin devant la porte du collège et je repartais. J'allais au parc de la Villette où je passais mes journées. Le soir pour rentrer chez moi, c'était la même histoire que le matin pour l'école mais en pire : j'arrivais devant la porte, et sachant ce qui m'attendait derrière, j'étais tétanisée. Il me fallait un moment pour enfin prendre mon courage à deux mains et entrer.

Quand l'année scolaire était finie. Mes parents, ma petite sœur et moi sommes partis en Algérie pour ce qui s'appelait des vacances pour les familles normales et un enfer sur terre pour ma famille à moi. Comme je le prévoyais, j'ai passé les deux mois les plus noirs de ma vie. Mon père savait très bien ce qu'il faisait en nous emmenant là-bas (moi aussi d'ailleurs) et à profité de son plein pouvoir plus que la raison ne peut l'admettre.
Bref, nous sommes rentrés en France quand Monsieur a assouvi sa soif de vengeance et de désir de faire du mal. Ma petite sœur et moi avions raté deux semaines de cours. On était arrivés un mardi je suis allée à l'école dès le lendemain. Pour moi il fallait absolument que je me donne à fond en troisième pour rattraper mon retard. Malheureusement, durant le Week End, il y a eu la fameuse goutte qui a fait déborder le vase. C'est à ce moment là que je suis définitivement partie de chez moi.

J'ai vécu quatre mois dans un foyer d'accueil d'urgence en attendant mon rendez-vous chez le juge des enfants qui allait décider de la suite à donner à ma situation. En attendant j'ai repris les cours que j'ai arrêtés aussitôt. Je n'arrivais pas à suivre, je ne comprenais rien et je n'avais même pas envie de faire des efforts ni de me casser la tête ! Pour ne rien arranger, il a fallu que je me fasse une entorse à la cheville (je devais marcher en béquilles pendant des semaines, c'était trop dur, je ne les ai d'ailleurs quasiment pas utilisées).


Quand je suis arrivée dans le Lot, après sept mois de déscolarisation, Christian m'a fait travailler le programme de quatrième, notamment les maths. La " remise à niveau " que j'ai faite avec Christian m'a vraiment aidée à retravailler et à avoir le courage d'aller en cours sans avoir l'impression d'être nulle. Sans l'aide de Christian et sa fermeté, je n'aurais jamais repris les cours.
Aujourd'hui je suis très contente et fière du grand pas que j'ai fait dans la vie : je ne fait presque plus de crises d'angoisse, je suis mes cours comme tout les autres élèves, les choses se sont arrangées avec ma mère, je m'en remet petit à petit et je suis réellement et pour la première fois de ma vie fière de moi.

Avec l'aide de mes éducateurs et de toutes les personnes qui m'ont aidée j'ai repris une vie normale. Sans l'aide de l'ASE, je ne sais pas ce que je serais aujourd'hui ni si je ferais toujours partie des vivants ! Même si parfois j'ai l'impression d'être délaissée, qu'on s'est fichu de moi, c'est quand même l'ASE qui me fait vivre.
Heureusement que l'ASE existe pour aider ceux qui n'ont pas la chance de vivre dans leur famille pour X ou Y raison. Personnellement, si les choses vont bien à présent, c'est grâce à elle.

Si j'ai voulu avoir ma propre page dans le site du lieu de vie, c'est pour faire partager mon histoire avec d'autres jeunes qui sont peut-être en train de vivre ce que j'ai vécu ou qui sont en souffrance. Je veux leur dire qu'ils ne sont pas seuls, on est jamais seul même quand on le croit, il y a toujours quelqu'un pour nous épauler. Des gens qui souffrent, il y en a toujours eu et il y en aura malheureusement toujours.

Je veux que ceux qui subissent la folie des autres et souffrent en silence parlent et brise le mur du silence et de la peur. Ils doivent agir pour que l'enfer qu'ils vivent sans l'avoir choisi cesse. Il y a tellement d'injustices dans la vie mais il faut savoir qu'il n' y a pas de problème qui n'ait pas de solution.
Parfois il suffit juste d'une petite discussion sérieuse pour que les choses s'arrangent parfois il faut lutter mais il ne faut jamais se laisser maltraiter : tout le monde a des droits, nous devons les respecter.

UNE FEMME KABYLE

Je dénonce les parents qui se jouent des vies de leurs familles et ne se rendent même pas compte des conséquences désastreuses que leur comportement peut avoir sur la vie entière de leurs enfants.

Il faut aussi que les jeunes qui en font voir de toutes les couleurs à leurs parents arrêtent de faire des conneries et se remettent un peu en question. Les parents souffrent énormément de voir les fruits de leurs entrailles partir à la dérive. Il faut penser à ceux qui ont des parents qui ne leur servent qu'à les détruire de l'intérieur et penser à eux, à ce que l'avenir leur réserve. S'ils ont un minimum d'intelligence, ils se rendront compte qu'ils ne sont pas à plaindre et que contrairement à d'autres, ils sont chanceux : dans la vie il y a toujours pire que soi. Je sais que ça paraît tellement impossible quand on est encore ados, on se croit invincible, on se dit que ça n'arrive qu'aux autres mais les choses arrivent tellement vite et la vie est si dérisoire !

INVITATION AU VOYAGE

A tous ceux qui galèrent :

Sachez qu'aussi compliquée et difficile soit votre situation, ne perdez jamais espoir qu'un jour les choses s'arrangent si vous le voulez et si vous faites ce qu'il faut. Il faut croire en la vie même si quand vous essayez de vous projeter dans l'avenir vous n'y voyez que du noir, il faut se fixer un but et tout faire pour l'atteindre un jour. Croyez dans tous les cas en ce qui vous semble le plus fort et un jour le soleil rayonnera sur votre vie. Je ne suis pas en train de raconter de belles paroles en l'air qui permettent de ne pas décrocher mais c'est ce qui permet de relever la tête et continuer à vivre.

Moi-même, il n' y a pas si longtemps que ça, on me disait ça, je disais : " par pitié lâchez moi avec vos belles paroles à la con, à d'autres mais pas à moi ! ". A côté de ça, je me suis toujours dis au fond de moi " Dieu est avec moi, il est là et me verra un jour ". C'est rassurant et ça permet de s'accrocher en attendant des jours meilleurs.

IL FAUT TOUJOURS SE BATTRE DANS LA VIE

SE FIXER UN BUT ET SE BATTRE POUR L'ATTEINDRE

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