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DES MOTS DE JEUNES

Depuis que nous accueillons des jeunes en difficulté quelques constantes apparaissent :

A de rares exceptions près, ces jeunes nous ont été confiés après que d'autres solutions de placement aient échoué. Pour certains, la succession de placements est impressionnante.
Les demandes pour des séjours de rupture sont en constante augmentation. Elles concernent des jeunes en situation de crise dans des placements institutionnels.
Dans tous les cas, les jeunes nous sont confiés en désespoir de cause, nous semblons vécus comme l'ultime possible.


Un constat est clair : les jeunes que nous accueillons sont de plus en plus perdus, sans repères, quand ce n'est pas agressifs ou violents. Leurs problématiques sont de plus en plus complexes, suivant la " crise " que connaît une part constante de la population. Quoi qu'en disent certains spécialistes, il nous semble évident, à travers les histoires des jeunes que nous accueillons et de leurs familles, qu'une part de la population française (issue ou non de l'immigration) est de fait exclue de tout espoir d'ascension sociale. Les obstacles sont pour ces familles trop nombreux : illettrisme et/ou très faible niveau de qualification professionnelle, déracinement ou inadaptation culturelle à la société d'aujourd'hui, disparition des emplois non qualifiés, rejet de la part autres conduisent à une marginalisation de plus en plus marquée de ces familles et par la même de leurs enfants. Partant de ce constat, ces jeunes sont sans espoir et ne voient pas l'intérêt de l'effort que la société leur demande (intégration sociale, école…), cet effort leur semble vain, ils ne croient pas en eux même, ne croient pas en leur chance.

 

Le salon de l'étage

 

Ce lieu est fort investi par les jeunes qui s'y retrouvent pour discuter, regarder des films, "changer le monde", s'engueuler...

On y parle des amours des déceptions, des espoirs.

Bref, le dernier salon ou l'on cause!

 

 

 

Sur le coté

 

 

La frontière entre problématique sociale et problématique psychiatrique est de plus en plus difficile à établir pour les raisons évoquées précédemment. L'absence de repères, fréquemment les manques ou la défaillance du père, la mauvaise image que l'on renvoie à ces jeunes de leur famille, entraînent une impossibilité à se construire, à se projeter dans l'avenir. C'est la disparition ou le renoncement de l'individu sujet, des jeunes de moins en moins réceptifs à un engagement positif dans la vie, à l'accompagnement proposé. Si aucun des jeunes que nous avons été amenés à accueillir n'a fait l'objet d'une mesure de placement du seul fait de la pauvreté de ses parents, le facteur précarité demeure un élément clef dans la plupart des situations ou un jeune est séparé de ses parents. Si l'alcoolisme, la toxicomanie, la violence, les carences éducatives ou l'inceste (principaux motifs de placement) ne sont pas liés directement à une classe sociale, l'absence de travail, la dévalorisation de soi et plus généralement, le niveau de revenu de la famille est un élément déterminant. Nous n'avons accueilli que deux jeunes dont la famille avait des ressources supérieures à 1000 € par mois.
Aujourd'hui, nous constatons une tendance de plus en plus marquée chez ces jeunes à vivre selon des règles qui leur sont propres, une forme d'organisation sociale parallèle. On peut disserter à loisir sur les méfaits de cette forme de marginalité, nos sociologues peuvent échafauder des théories, il n'en sortira rien tant que ces formes d'organisation marginales, si contestables soient elles, seront les seules à intégrer de façon évidente, à permettre la reconnaissance ou la construction d'une identité. L'école ne joue plus ce rôle d'intégration, elle ne sait plus le faire, se trouve impuissante face aux problématiques des jeunes et n'a guère de perspectives à proposer à ceux qui sont le plus en difficulté. A ce propos, on ne saurait ignorer les dégâts causés par la suppression des classes de quatrième technologiques, hypocritement justifiée par la notion de collège pour tous, louable sur le principe, dans la réalité formidable machine à nier les différences et non à atténuer les inégalités.

Le résultat est que nous accueillons des jeunes pour lesquels il est de plus en plus compliqué de mettre en place un projet adapté. Leur age, leur très faible niveau scolaire (parfois à la limite de l'illettrisme !), leur incapacité et/ou leur refus d'accepter toute autorité sont autant de handicaps. Pourtant, dans leur ensemble, leur demande est très normative, ils critiquent " le système " uniquement parce qu'ils n'y ont pas leur place, pas pour le remettre en cause. Au contraire, les valeurs qu'exacerbe notre univers médiatique, argent, consommation, individualisme (voire égocentrisme) rencontre une adhésion sans limite chez ces jeunes. Ainsi, nous sommes passés d'une marginalité choisie, contestataire dans une société de plein emploi (années 60-70) à une marginalité subie, non contestataire dans une société à fort taux de chômage.

Malgré tout, ils sont sensibles, touchants et ne demandent qu'à espérer, comme tout un chacun, à nous de trouver le ou les moyens de réveiller ce qui dort en eux.

 

Quand on arrive

 

 

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