parlons d'argent
Pour mener à bien un projet, pour qu'un lieu de vie se trouve un espace à vivre, se dote d'un habitat adapté, il faut des moyens entre autres financiers. Au départ du lieu, l'argent de l'accueil est mis en commun, il vient même s'y ajouter les gains extérieurs des permanents. Il s'agit d'une enveloppe globale qui permet aux accueillants et aux accueillis de vivre. Il n'existe ni budget ni comptabilité et le rapport à l'argent est plus ou moins clair, plus ou moins légal. C'est l'argent des permanents qui permet d'aménager les locaux, d'acquérir les premiers véhicules…Nous aurons même recours à des emprunts personnels.

Ce fonctionnement correspondait à une volonté idéologique qui sous tendait notre action, il révélait une dimension militante. Cependant, très vite, les contraintes économiques imposent de trouver un autre fonctionnement. Le salaire perçu sera progressivement pris et deviendra argent privé. Notons au passage qu'il n'y aura encaissement de salaire que lorsque les investissements de base auront été réalisés. Dans quelle structure d'accueil trouve t'on un tel investissement des salariés?
Comme nous l'avons vu précédemment, nous démarrons notre activité comme assistants maternels. Cependant, dès l'accueil du premier jeune extérieur au département, la question du prix de journée se trouve posée. En 1994, nous demandons 510 francs par jour.
A cette époque, le conseil général nous écrit ceci :
"Afin de les différencier des assistantes maternelles, la commission a décidé que le conseil général cesserait d'être l'employeur direct des permanents à compter du 1er mars 1993.
Jusqu'alors le salaire était calculé à partir de la rémunération journalière d'une assistante maternelle, à laquelle était appliquée une majoration vu la prise en charge éducative plus soutenue que dans une famille d'accueil.
Le coût de la prestation journalière fournie par un lieu d'accueil …a été fixé à 363 francs, cette somme correspond à la rémunération antérieurement versée aux lieux d'accueil augmentée des cotisations sociales prises en charge jusqu'alors par le département.

Il est clair que ce raisonnement nous coince dans un statut d'assistante maternelle que nous refusons, nous n'accueillons pas le même public, n'avons pas le même niveau de responsabilité. Le prix de journée que nous demandons(voisin de celui que demandent les autres lieux du département) va devenir une source de discussions parfois vives avec les représentants du département qui nous reprochent d'être trop chers.
Derrière la question du prix de journée, il y a clairement celle de la reconnaissance de la qualité de la prestation fournie et implicitement, celle de la reconnaissance de la mission qui nous est confiée par les services. Pourquoi devrions nous accepter de travailler avec des moyens insuffisants; alors même que les jeunes qui nous sont confiés le sont suite à une impossibilité d'accueil en institution (à un tarif supérieur au notre) au vu de problématiques trop lourdes ? Après tout, quels complexes aurions nous du avoir à être payés pour un travail que les éducateurs d'institutions ne feraient pas ? C'est la reconnaissance de notre professionnalisme, notre structure est efficiente, sans doute y sommes nous pour quelque chose.

Notre prix de journée englobe tout : le fonctionnement mais aussi les investissements qui ne font l'objet d'aucune subvention, nous ne le revendiquons d'ailleurs pas , l'indépendance (si chère à nos yeux) est à ce prix. Comme nous l'avons vu précédemment, au démarrage notre positionnement par rapport à l'argent est confus au plan légal. Nous allons évoluer progressivement vers un fonctionnement plus conforme. Tout d'abord, nous mettrons en place une comptabilité rudimentaire qui va progressivement s'affiner, aujourd'hui, le CER se charge de toute la partie comptable de l'association, celle ci restant évidemment maîtresse des décisions de gestion.
Les accueillis ont eux aussi un poids dans la relation à l'argent. Ces jeunes savent que leur séjour est financé par l'argent public. Si dans un établissement, le financement est masqué par le fonctionnement institutionnel, ici, les jeunes perçoivent souvent l'argent versé à l'association comme de l'argent donné directement aux permanents. C'est alors dans leur esprit grâce à eux que nous mangeons (ce qui n'est pas tout à fait faux). Nous expliquons donc à ceux qui le souhaitent comment se répartissent les dépenses. Il n'y a pas ici de directeur ou de comptable inaccessible derrière lesquels s'abriter quand une dépense est contestée. Les jeunes nous accompagnent souvent dans les courses et participent aux décisions d'achat sans bien entendu tout décider. C'est une étape fondamentale de l'autonomie. Ils gèrent seuls leur argent de poche et selon l'âge et le degré d'autonomie, l'argent de vêture. A cela viennent s'ajouter les petits plus (cadeaux, surprises…) qui font que nous sommes ce que nous sommes.
